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BREF
HISTORIQUE DU MONASTERE
Situé
dans les Hautes-Alpes sur un plateau isolé, à mille mètres d'altitude
environ, entouré de sommets culminant à deux mille, le Monastère
a été construit par les moines eux-mêmes, avec l'aide efficace
de leurs nombreux amis, sur les ruines d'un ancien hameau. "Notre-Dame
du Beauchaine", datant de 1183. Ce hameau était, jusqu'à
la Révolution, une ferme de la chartreuse aujourd'hui en ruines
de Durbon, au flanc d'un sommet avoisinant que les anciens appelaient
le "Durbonas". Dès ses origines, ce "lieu-dit"
était enraciné dans une tradition religieuse vivante et de surcroît
monastique qui, comme un levain sous-terrain, fécondait insensiblement
l'endroit et dont les futurs moines de la Dormition ne pouvaient
soupçonner la portée.
Au début du siècle dernier, le hameau de Notre-Dame et celui du
Villard, deux kilomètres plus loin, comptaient à eux deux, à peu
de chose près, une centaine d'habitants. Mais autour des années
1970, on ne pouvait découvrir le lieu que ruiné, au sens fort
du terme, avec quelques irréductibles autochtones ayant résisté
à la forte tentation du chemin de fer et à l'attrait des villes
dans l'entre deux guerres.
Le plateau de Notre-Dame offre toutefois un lieu parmi les plus
propices. A la fois assez écarté de toute agglomération la plus
grande ville, Gap, se trouvant à une quarantaine de kilomètres
de là, tout en étant sur l'axe routier principal qui va de Sisteron
à Grenoble, l'emplacement permet cet équilibre entre la retraite,
cet "éloignement du monde" essentiel à toute démarche
monastique authentique, et ce service pastoral que la situation
de l'Eglise Orthodoxe en France nécessite. Les lieux de culte
étant peu nombreux dans le midi alpin, il semble indispensable
de nos jours, avec discernement bien sûr, d'ouvrir le monastère,
ou tout du moins sa liturgie eucharistique, à cette disponibilité
qui somme toute perpétue volontiers son intention initiale.
C'est ici que prit naissance, laborieusement au départ, la communauté
de Notre-Dame. Beaucoup de choses étaient offertes, mais tout
était à faire, comme un grand et beau champ en friche où trop
de pierres étouffent la richesse de la terre.
De même que l'harmonie d'une mélodie ne peut s'apprécier que dans
une écoute d'ensemble, et non dans le détail de ses notes ou de
ses rythmes, même subtils, de même semblait-il d'abord important
de présenter de manière globale le monastère tel qu'il est aujourd'hui,
avant de décrire quelques-unes des étapes de sa genèse.
Présentation
générale
Un ensemble central de bâtiments comprend la plupart des parties
communes de la vie monastique proprement dite : une chapelle,
dédiée à saint Martin de Tours, que l'on utilise l'hiver, en raison
du climat, lorsque le froid et la neige rendent difficiles l'accès
à l'église principale, un petit oratoire intra muros dédié à saint
Nicolas et qui sert de sacristie, un synodikon ou salle capitulaire,
un atelier d'iconographie, le réfectoire et sa cuisine, une dizaine
de cellules de moines, une grande salle d'agapes et d'accueil
pour les hôtes, des sanitaires et la porterie.
Au nord, un autre bâtiment dispose aussi d'une dizaine de cellules
monastiques, de sanitaires, d'une salle de couture, d'une tisanerie.
Il est relié, par un porche, à des ateliers de travail, de menuiserie,
de ferronnerie, et à un bâtiment servant de poulailler et de dépendance
agricole qui dessine un angle droit avec le précédent. Tout ceci
forme une cour intérieure, un cloître tout à fait propice au recueillement.
Construit de pierres apparentes et jointées d'ocre, ce complexe
de bâtiments s'harmonise sans difficultés avec le paysage, ainsi
que nombre d'entre les visiteurs l'ont souvent fait remarquer.
A une centaine de mètres, au nord-ouest de cet ensemble, se trouvent
l'église principale, dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu,
et, le cimetière, où tous les moines attendront patiemment, en
terre, la venue du Christ à la Résurrection finale. Plus au sud
enfin, une construction qui pourrait devenir une hôtellerie plus
vaste, si le besoin s'en faisait sentir.
Le monastère possède aussi des terres. Le domaine, très morcelé,
d'une quarantaine d'hectares de bois, de landes et de terres labourables
est dispersé sur un rayon de deux kilomètres. Terres arides et
peu productives, mais suffisantes pour protéger l'isolement nécessaire
à la vie du monastère.

Etats
des lieux, à l'arrivée du P. Victor en 1970...
Les
débuts
Tout cela, bien sûr, ne s'est pas fait en un jour. C'est de 1970
à 1972 que s'installait, dans ces ruines, un jeune orthodoxe de
33 ans, professeur de philosophie, le futur père Victor, pour
y créer, avec l'aide et le soutien de l'Archimandrite Stéphane,
l'actuel Métropolite d'Estonie, un lieu de rencontre, d'approfondissement
de foi et de célébration.
Ce fut d'abord une organisation précaire de quelques pièces dans
le plus ancien des bâtiments. Très précaire d'ailleurs, puisqu'en
1971 le père Cyrille célébrera la première liturgie dans ce qui
sera l'actuelle salle du chapitre. Puis, ce fut la construction
de la grande chapelle, à partir d'une ancienne bergerie en ruines,
que le père Pierre inaugurera pour la Dormition de la Mère de
Dieu, en 1972. Premiers travaux réalisés avec peu de moyens et
parfois peu de compétences, mais avec enthousiasme et beaucoup
d'amour.
Epoque riche, cependant, de bouillonnement spirituel et de créativité,
mais parfois quelque peu anarchique : il fallait faire des choix.
La
création
Un pèlerinage à Jérusalem, pour la Noël 1974, et la providentielle
rencontre de l'Archimandrite Benoît, au monastère saint Nicolas
de la Dalmerie, orientèrent définitivement le fondateur vers la
vie monastique. Recevant le soutien inconditionnel du père abbé
Benoît et l'aide efficace et généreuse de fArchimandrite Stéphane,
l’œuvre de Notre-Dame prenait un nouvel essor.
Ressentant donc la nécessité d'une restructuration plus ecclésiale,
le Métropolite Mélétios, lors de sa venue en ces lieux, le 26
Novembre 1976, donna sa bénédiction pour que, d'une part, se constitue
une association cultuelle et pour que, d'autre part, soit confié
en son nom, et pour la Métropole, à l'Archimandrite Benoît, la
formation monastique du fondateur. Celui-ci fut reçu comme novice,
puis comme moine en 1978, sous le nom de Victor. Après son ordination
sacerdotale, le 20 Septembre 1981, Monseigneur Mélétios lui accorda
sa bénédiction pour qu'il puisse recevoir des novices.
C'est de cette deuxième période, qui se clôt par l'inauguration
de la chapelle saint Martin, le 11 Novembre 1986 et la consécration
de l'église, par Monseigneur Stéphane, le 12 Mai 1988, entouré
des principaux higoumènes des monastères de France, que date la
plupart des gros travaux. Travaux qui seront diligemment menés
à bien et avec compétence, sous la direction du père Démètre qui
se dévouera corps et âme à la construction de cette œuvre.

Les
ruines qui ont servies à la construction de la chapelle,
en 1971
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L'enracinement
Une troisième étape verra le jour quand le Métropolite Jérémie,
avec une bienveillante sollicitude, procédera à l'intronisation
solennelle du père Victor comme Archimandrite et higoumène du
monastère. Cette nouvelle étape est celle de l'enracinement dans
la vie monastique, au prix d'expériences purificatrices qui ne
se firent pas sans souffrance, mais apportèrent aussi beaucoup
de joie et de créativité.
Deux préoccupations principales s'imposaient à cette époque :
la mise en place d'une communauté solide et bien ancrée dans la
vie spirituelle et la poursuite d'une forme d'apostolat vécu dès
le début; deux préoccupations dont l'accord n'est pas toujours
évident.
Relativement nombreux sont aujourd'hui ceux qui sont tentés pour
expérimenter la vie monastique, mais bien peu résistent à l'usure
du temps et les inévitables perturbations causées par le travail
apostolique ne facilitent souvent pas les choses, il est vrai.
Pour y faire face, une première tentative fut de séparer l'accueil,
de la vie des moines. Un centre culturel vit ainsi le jour dans
un village voisin, saint Pierre d'Argençon. Tentative qui rayonnera
un temps, mais devra être abandonnée par suite de la surcharge
de travail que cela requérait pour une modeste communauté. L'ouverture
ensuite du métochion saint Cassien, à Manosque, s'averra plus
propice. Ce lieu de culte permettra de regrouper toutes les activités
plus pastorales et familiales, tout en préservant cette richesse
de l'esprit monastique.
Et
maintenant...
"Il y a un temps pour tout". Nous avons tenté de synthétiser
l'histoire de notre communauté en trois grandes périodes. Aujourd'hui,
et sans qu'aucun événement marquant puisse en signaler la césure,
on a le sentiment d'entrer dans une nouvelle étape où le discernement
entre l'ivraie et le bon grain, l’essentiel et l'accessoire, le
durable et l'éphémère, enfin entre ce qui vient d'une volonté
propre, si bonne soit-elle, et ce qui découle de la volonté de
Dieu nous devient plus transparent. De quoi demain sera-t-il fait
? Nul ne le sait, Dieu seul le sait. Que Sa volonté soit faite.
Mais n'est-ce pas la raison même de l'existence monastique que
de s'abandonner sans réserves à la volonté de Dieu ?

La
chapelle à l'heure actuelle
EN
SOUVENIR ANNIVERSAIRE DE LA BENEDICTION ABBATIALE
Le
19 Décembre 1991, le père Victor recevait la bénédiction solennelle
d'higoumène, marquant ainsi une nouvelle et importante étape dans
le développement du monastère. Pour commémorer cet heureux événement,
nous reproduisons ici l'admonition de notre Métropolite, Mgr Jérémie,
et la réponse de notre père higoumène.
Cher
Père Victor,
A partir d'aujourd'hui, vous serez nommé le premier "higoumène",
celui qui préside et celui qui conduit toute action dans ce monastère,
mais surtout celui qui doit continuer à être le serviteur, celui
qui doit continuer à être le père spirituel qui garde son troupeau,
qui guide son troupeau dans ce monastère, mais qui en même temps
sera comme s'il était à leur service pour accomplir leurs désirs,
le désir spirituel, ce désir qui sauve toute âme qui approche
du Seigneur, qui entre dans l'Eglise.
Vous avez une mission certes très difficile et dure, mais en même
temps tellement haute, tellement précieuse, tellement nécessaire
pour vous-même, pour votre entourage et pour le peuple de Dieu.
Voilà donc avec ma bénédiction spirituelle, ma bénédiction paternelle,
accompagnée par la bénédiction de notre patriarche et aidé en
même temps par les prières et l'assistance de son excellence Monseigneur
Stéphane qui est à vos côtés, qui vous seconde à toute entreprise
spirituelle et qui vous guide, entouré aujourd'hui exceptionnellement
par des frères et des sœurs qui ont la même tâche, qui créent
la grande famille monastique, dans ce pays de la France.
Voilà donc dans quel contexte, dans quelles conditions, vous recevez
aujourd'hui une confirmation de notre Eglise, pour votre dévouement,
pour votre foi et pour votre service envers Elle.

Lors
de la consécration : de gauche à droite : P. Benoît, en partie
caché P. Placide, Mgr Stephanos actuel Métropolite d'Estonie,
P. Victor ; en arrière-plan P. Nectaire et P. Démètre, les principaux
moteurs de la fondation.
Eminence,
C'est avec beaucoup d'émotion et de crainte que je viens vous
remercier et par vous notre Patriarche Bartholomée 1er, de l'insigne
honneur qu'il me fait. C'est avec beaucoup d'émotion et de crainte,
car j'ai conscience de la charge qui m'incombe et j'ai conscience
de mon indignité. Quand mon regard se porte sur les innombrables
et saints higoumènes qui ont dirigé les monastères de notre sainte
Eglise, je suis saisi de crainte en voyant mon infirmité. Mais
c'est aussi avec une joie immense que je vous remercie et, par
vous, notre Patriarche, car cette dignité va par moi à ce monastère
et à tous ceux qui y ont donné leur jeunesse, leur travail, leur
souci. Et mes souvenirs vont en ce moment tout particulièrement
à Monseigneur Mélétios votre prédécesseur, à vous-même qui avec
beaucoup de conscience en avez pris la succession, à Monseigneur
Stéphane qui depuis des années nous suit avec beaucoup de courage,
au père Archimandrite Benoît, higoumène de la Dalmerie, qui nous
a toujours soutenu et enfin à tous ceux de ce monastère, tous
ces frères qui peinent, qui travaillent, aussi à tous les amis,
à tous les paroissiens, aux gens de ce pays, à un nombre important
de mes anciens élèves qui sont venus dans ces ruines, tous ensemble,
mettre pierre sur pierre. Et en cela je me réjouis de cette dignité
qui va sur eux et dont ils sont plus dignes que moi. Et j'ajouterai
simplement deux promesses avec la Grâce de Dieu.
Pensant à l'abbé Sisoës, ce père du désert, lorsqu'on venait lui
dire : "Est-ce toi l'abbé Sisoës qui est méchant, violent,
hypocrite ?", il disait: "oui, c'est moi" ;"est-ce
toi l'abbé Sisoës qui est pervers, voleur, etc. ?", il disait:
"oui, c'est moi" ; "est-ce toi (abbé Sisoës qui
est hérétique", alors il se mettait en colère: "Ah non
!". Et quand on lui disait: "pourquoi quand on t'accabble
de toutes sortes de défauts tu ne dis rien, et quand on t'accuse
d'être hérétique tu te mets en colère ?" Et l'abbé Sisoës
de répondre : "tous ces défauts, je suis le premier à me
les reprocher, tandis que si j'étais hérétique, je serai séparé
de Dieu". Bien plus que l'abbé Sisoës, tout ce que l'on peut
me reprocher, je suis le premier à me le reprocher, mais avec
la grâce de Dieu je reste sincère et fidèle à cette foi orthodoxe
et avec Son aide, je promets à notre Eglise, à vous, de rester
toujours le fidèle dispensateur de cette parole, de cette foi
orthodoxe dont notre France a tant besoin.
Et j'ajouterai aussi ceci, au nom de notre communauté. Nous savons
qu'avec le monastère saint Nicolas de la Dalmerie, nous sommes
les deux monastères de France à être directement rattachés à notre
Patriarcat Œcuménique, sous son omophore, et cela sans aucun intermédiaire
de quelque nature que ce soit. Cela, Eminence, est pour nous un
très grand honneur.
Mais cela aussi est une charge dont nous avons conscience car
à l'image de notre Patriarcat qui est le Patriarcat Œcuménique,
c'est-à-dire celui qui, sans hégémonie, rassemble en l'unité et
dans le respect de leur diversité toutes nos Eglises orthodoxes.
Et très humblement, à notre place, nous savons aussi que notre
monastère se doit d'être disponible à ce rassemblement, à cette
rencontre de tous ceux et de toutes celles qui confessent la foi
orthodoxe.
Aussi, Eminence, en vous remerciant, en remerciant par vote intermédiaire,
sa sainteté le patriarche Bartholomée, en vous remerciant tous,
je demande que vous priez pour moi, vous et tous afin que je ne
sois pas trop indigne de cette charge que vous m'avez confiée.

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